Peter Brandle : de la librairie à l'atelier

Avant de devenir ébéniste dans le bocage saint-lois, Peter Brandle fut libraire, et même boulanger.
Son
atelier sent bon le bois et la colle. Recouvert de poussière, un vieux
poste de radio diffuse de la musique classique. A travers une grande
fenêtre pointe un rayon de soleil qui réchauffe la vaste pièce encombrée
de machines et de planches de bois.
Telle est l'ambiance de
l'atelier de Peter Brandle à Quibou, près de Saint-Lô. L'atelier d'un
artisan dans le bocage du centre-Manche qui, à première vue, ressemble à
beaucoup d'autres.
Pour l'amour du bois
En
réalité, la particularité de cet atelier réside dans la personnalité et
le parcours de l'artisan qui l'anime. Peter Brandle n'est pas un
ébéniste comme les autres.
Avant de consacrer, à la fin des année
quatre-vingt dix, sa vie et son travail au bois, cet Autrichien de 50
ans fut libraire, et même boulanger. Pendant une dizaine d'années, il a
vendu des livres dans son pays d'origine, puis il s'est tourné
brièvement vers la boulangerie artisanale. "Je faisais du pain et je le
vendais sur les marchés", expliquet-il. Mais l'amour du bois qui dormait
en lui fut, un jour de 1996, plus fort que tout.
A cette époque, il
décide de s'inscrire à l'AFPA, un organisme de formation
professionnelle. Il part alors à Saint-Malo où, durant huit mois, il
suit des cours d'ébénisterie et obtient un CAP d'ébéniste.
Le mobilier de l'église de Tollevast
"Là-bas, on m'a tout appris petit à petit et de manière très sérieuse.
Je
peux dire aujourd'hui que celui qui aime le travail du bois et souhaite
se reconvertir professionnellement peut tout à fait devenir ébéniste
avec cette formation très complète", explique Peter Brandle. Son CAP en
poche et grâce à environ 20 000 € d'investissement, l'artisan monte son
atelier dans un des bâtiments d'une petite ferme ancienne de Quibou.
L'homme utilise dans un premier temps son nouveau savoir-faire pour
restaurer sa maison, puis il s'attaque à son atelier.
"Au début,
c'est très difficile car il faut se faire une clientèle et se faire
connaître, mais il faut aussi apprendre à souffrir avec le bois. Face à
lui, on n'est pas toujours à la hauteur", avoue avec humilité l'artisan.
"Il faut accepter de faire des fenêtres, des portes...
C'est avec le
temps que viennent les travaux intéressants comme la création de
meubles ou la restauration de mobilier ancien", ajoute-t-il. "Ce que
j'aime avant tout, c'est créer des meubles", une activité toutefois
limitée faute de clients. L'ébéniste dessine tables et buffets souvent
avec une pointe de design. Il conjugue ainsi création et savoir-faire.
Aujourd'hui,
le meuble traditionnel s'essouffle. Fini, les meubles normands de
tradition. Fini aussi, les restaurations de meubles d'époque XVIIIe. Ils
n'ont plus la cote. "Ca reviendra", explique Peter Brandle qui se
tourne alors vers des commandes d'aménagement ou de mobilier sur mesure.
Petit à petit, l'artisan se fait connaître et aujourd'hui, il s'est
forgé une petite réputation, notamment dans la restauration de mobilier
liturgique. Dans une des chapelles de l'église Notre-Dame de Saint-Lô,
on lui doit la façade d'un autel en chêne, mais aussi les ingénieux
volets de l'orgue ou encore divers panneaux de bois. A Tollevast, dans
le Cotentin, l'ébéniste a également restauré les stèles de l'église et
fabriqué le siège du prêtre, ainsi que diverses pièces de bois. "Le
bouche à oreille fonctionne", explique-t-il avant d'ajouter "mais sans
ma femme qui travaille aussi, je ne sais si je pourrais m'en sortir." Un
aveu qui laisse poindre une déception. "Les gens ne s'intéressent plus
au bois. Ils préfèrent acheter des choses toutes faites dans des bois
exotiques ou verts. C'est dommage car le bois est vraiment un matériau
noble, chaud, avec lequel on peut créer quelque chose d'unique. Quand on
commence à travailler une pièce de bois, on découvre toujours quelque
chose", souligne l'ébéniste de Quibou.
Actuellement, il travaille de
belles portes et fenêtres pour un particulier. "Un puriste qui ne veut
que du bois". Heureusement, il en existe encore !